Ce que disent les données

12 août 2026

Anguilles : une croissance sans garde-fous

Exportations d'anguilles et de langoustes en Haïti

Les fruits de mer occupent une place modeste mais notable dans les exportations haïtiennes, portée ces dernières années par un produit inattendu, l'anguille. Longtemps marginale, cette activité est devenue en une décennie l'une des principales sources de devises du secteur, dépassant largement la langouste, produit traditionnel de la pêche haïtienne.

En 2017, selon la Banque de la République d'Haïti (BRH), la valeur des exportations d'anguilles a atteint près de 13,4 millions de dollars américains, contre 2,9 millions pour les langoustes, un renversement complet par rapport à 2009, où les langoustes dominaient largement les exportations de fruits de mer du pays. La majorité de ces exportations sont en fait des civelles, ces jeunes anguilles capturées dans les rivières puis expédiées vivantes vers l'Asie, où elles sont élevées jusqu'à l'âge adulte.

Contrairement à d'autres filières d'exportation, ce commerce se développe avec peu d'encadrement. Le commerce des civelles présente les caractéristiques d'une ressource en accès libre, des licences d'exportation sont délivrées par l'État, mais aucun système de quotas n'est réellement appliqué, et les volumes réellement prélevés ne font l'objet d'aucune contrainte. Cette situation touche une espèce déjà classée « en danger » par l'Union internationale de conservation de la nature, notamment à cause de la surpêche.

Source : Banque de la République d'Haïti, Ministère du Commerce et de l'Industrie, Administration Générale des Douanes. Données traitées et visualisées par Ayitistats.

5 août 2026

Adoption des technologies de communication en Haïti

Adoption des technologies de communication en Haïti : téléphonie mobile et internet

Les téléphones mobiles et l'internet ont profondément transformé la manière dont les populations communiquent, s'informent et accèdent à certains services. En Haïti, la téléphonie mobile joue aujourd'hui un rôle essentiel dans l'accès aux services financiers et à d'autres services numériques, même dans les zones où la couverture d'internet fixe reste marginale.

En 2022, le pays comptait environ 7,5 millions d'abonnements actifs à la téléphonie mobile, soit près de 64 % de la population. Selon l'Union internationale des télécommunications (UIT), un abonnement mobile désigne un abonnement prépayé ou postpayé à un service public de téléphonie mobile permettant l'accès aux communications vocales, à l'exclusion notamment des clés USB, des cartes de données et des services de radiomessagerie.

Contrairement à d'autres régions du monde, l'adoption des technologies de communication en Haïti reste relativement limitée. L'accès et l'utilisation d'internet en témoignent. En 2021, moins de la moitié de la population utilisait internet, soit environ 4,9 millions d'utilisateurs, dont une bonne partie n'était pas à la portée du réseau 4G.

Source : Banque mondiale, Union internationale des télécommunications (UIT). Données traitées et visualisées par Ayitistats.

12 juillet 2026

Combien d'Haïtiens vivent hors du pays, et où ?

Répartition des émigrants haïtiens par pays de destination en 2024

En 2024, on estime que près de 1,96 million de personnes nées en Haïti vivaient à l'étranger. Selon les données de l'ONU (Département des affaires économiques et sociales), plus de 4 émigrants haïtiens sur 10 se trouvent aux États-Unis, la première destination avec environ 798 000 personnes. La République dominicaine arrive en deuxième position avec plus de 535 000 émigrants, suivie du Chili, de la France et du Canada.

Source : Organisation des Nations Unies, Département des affaires économiques et sociales (2024), Our World in Data, avec un léger traitement visuel réalisé par AyitiStats.

13 juin 2026

Haïti : l'effondrement silencieux d'une institution militaire

Évolution du personnel des forces armées en Haïti

Le personnel des forces armées regroupe l'ensemble des militaires en service actif, incluant certaines forces paramilitaires susceptibles d'appuyer ou de remplacer l'armée régulière.

En 1989, le pays comptait environ 9 000 soldats actifs. Deux ans plus tard, le président Jean-Bertrand Aristide est renversé par un coup d'État militaire, sept mois à peine après son arrivée au pouvoir. À son retour d'exil en 1995, il démobilise officiellement les Forces Armées d'Haïti (FADH), institutions marquées par des décennies d'exactions et d'ingérence politique. Le vide sécuritaire est alors comblé par la Police Nationale et les forces internationales, notamment la MINUSTAH, mission de l'ONU présente pendant 13 ans.

En 2010, le séisme dévastateur frappe Haïti. Dans ce chaos, les derniers éléments résiduels des anciennes forces disparaissent des registres et l'indicateur tombe officiellement à zéro.

Puis en 2017, alors que les Casques bleus s'apprêtent à quitter le pays, Haïti amorce une reconstruction de son armée, 500 recrues, âgées de 18 à 25 ans, sélectionnées sur concours à Léogane. Une jeunesse désœuvrée, dans un pays frappé par le chômage endémique, qui voit là une chance de servir son pays.

En 2020, l'armée haïtienne compte 1 000 militaires. Un chiffre encore symbolique face aux défis sécuritaires actuels.

Source : The Military Balance — International Institute for Strategic Studies (2026), Banque mondiale. Données traitées et visualisées par Ayitistats.